dijous, 28 de febrer de 2008

La révolte du peuple

La grève déclenchée hier, lundi 25 février, n’a véritablement ni tête ni queue. L’on sait néanmoins que le mot d’ordre a été lancé par quatorze organisations professionnelles des secteurs du transport terrestre urbain et interurbain du Cameroun. Mais sur le terrain, notamment à Douala, la grève est largement suivie par non seulement les propriétaires et chauffeurs de taxis, motos taxis, bus, camions et véhicules à usage personnel, mais aussi par la majorité de la population. Et pourtant personne, visiblement, ne dirige les opérations sur le terrain. Aucun homme politique, encore moins des leaders syndicaux n’a été aperçu à travers les rues de la capitale économique du Cameroun en train de piloter les opérations. La grève leur ayant échappé, semble aller d’elle-même. La population donne l’impression d’avoir repris son destin en main. La grande curiosité d’un quartier à l’autre, ce sont les messages portés sur des pancartes accrochées sur des poteaux ou brandies par des manifestants. Outre des pancartes, d’autres messages étaient inscrits sur la chaussée, les bacs à ordures de la société Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam) et sur des kiosques ayant échappé aux scènes de vandalisme. Ces messages parfois assez osés, collent particulièrement avec le contexte socio-politique qui prévaut ces derniers temps au Cameroun. Des manifestants ont d’ailleurs rivalisé d’imagination et d’ingéniosité. A l’entrée de Douala, au quartier dit Village, une statuette portant une mallette suspendue sur un poteau à une station-service porte le message suivant : “ Popol tu seras pendu avec ta Constitution ”, “ Biya doit partir ”, “ Non à la révision constitutionnelle ”, “ On a faim ” sont d’autres messages portés par la foule. Au quartier Bonamoussadi, les manifestants ont été plus imaginatifs. “ Non à la vie chère, trop c’est trop ”, “ Baissez le prix du tapioca sur le marché ”, “ Baissez les prix des denrées de première nécessité ”. Ils ont poussé la réflexion jusqu’à proposer des prix de certains produits. Ainsi, selon les manifestants, le litre de super devrait être vendu à 250 Fcfa contre 150 Fcfa pour le litre du gasoil, alors que la bouteille de gaz domestique de 12,5 Kg reviendrait à 2 500 Fcfa et la baguette de pain à 100 Fcfa, une bouteille de top grand modèle à 250 Fcfa et le petit modèle à 150 Fcfa. Ils souhaitent que la bouteille de bière grand modèle soit vendue à 350 Fcfa contre 250 Fcfa pour la petite. “ Non à la vie chère et à la clochardisation des Camerounais ! ”, “ Nous disons non à la modification de la Constitution ! ”, “ Non à la fermeture des radios et télévisions privées pour museler la liberté d’expression !”, scandaient çà et là des manifestants vers la zone universitaire. Au lieu dit “ Ecoles publiques Deido ”, on pouvait lire sur l’une des pancartes : “ Paul Biya, la jeunesse avant la Constitution ”. Tout se passe comme si, à travers le Cameroun, les manifestants se sont passé le mot. A Kumba, une meute de manifestants a marché avec un crucifix sur lequel il était écrit en pidgin (langue populaire) : “ Even Jesus a di vex ” qui veut dire en anglais “ Even Jesus himself is angry ” (traduction libre : Même Jésus lui-même est fâché ”. Dans la même ville et en face de la poste à lettres, des pancartes sont brandies avec des messages hostiles au chef de l’Etat et à son gouvernement. “ Biya is old and tired ” (Biya est vieux et fatigué), “ No peace for the government still further notice ” (Aucune paix pour le gouvernement jusqu’à nouvel ordre), ou encore “ Biya must go ” (Biya doit partir). La grève organisée depuis lundi à travers les principales villes du pays est la manifestation d’un ras-le-bol généralisé. Les différentes tentatives de certains membres du gouvernement et pontes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) de manipuler l’opinion dans certains médias à capitaux publics et même privés ( ?), ont aussi irrité la population. La police et la gendarmerie mises à contribution pour réprimer les manifestants devraient intégrer ces paramètres. Elles ont échoué dans leurs missions de conseil et d’encadrement des populations. Noé Ndjebet Massoussi

BAMENDA, GAROUA…Bamenda au rythme de la grèveLe mouvement de grève a été respecté dans le chef lieu de la province du Nord Ouest. “ J’avais cours ce matin [lundi 25 février, Ndlr]. Je n’ai pas trouvé de taxi pour aller à l’établissement où j’enseigne, à près de 12 km d’ici. Si cela continue ainsi, j’ai peur que les élèves n’en souffrent également, ce d’autant qu’il y a un programme scolaire à couvrir pour les classes d’examen. Surtout, une heure de cours seulement de perdue ne se rattrape pas. Et si tu as huit heures pour la seule journée de lundi, c’est très grave ”, se plaint Tassan Wilfred, enseignant à Bamenda. Son collègue, Tchinda Heissen, renchérit : “ Comme tout Camerounais, cette grève pose assez de difficultés parce que je ne peux pas accomplir mon programme journalier car je dois aller à pied. Si cela perdure, l’économie de ce pays va en prendre un sérieux coup…” Les premiers signes de la grève lancée par les syndicats des taxis et motos taxis se sont ressentis hier dès 7h50 mn. Au lieu dit Foncha junction, une centaine d’élèves de lycées et collèges attendent désespérément les taxis. A l’accoutumée, ce n’est pas le cas. A cette heure de la matinée, ils accusent déjà 20 minutes de retard. Las d’attendre, certains décident d’aller à pied. C’est le même scénario pour la plupart des habitants de la ville. Les derniers véhicules de couleur jaune, à bord desquels se trouvent des passagers, se précipitent pour déposer ces clients et aller garer. A 9h 10 mn, aucun taxi n’est plus visible dans la ville. Quelques conducteurs de motos taxis vaquent à leurs occupations. Ce qui soulève le courroux de ceux qui ont respecté le mot d’ordre. Tout benskineur transportant un passager est interpellé. Cailloux, chicotte, gourdins, … sont mis à contribution pour dissuader “ ces récalcitrants ”. La scène se déroule à City chemist round-about, sous le regard impuissant des équipes spéciales d’intervention rapide (Esir) postées non loin de là.

Transport clandestin
Vers 10h 33 min, le commandant du commissariat central vient s’enquérir de la situation auprès de chef de l’Esir. Au lieu dit Santa park, des benskineurs se sont fait fabriquer une herse pour stopper leurs collègues qui s’entêtent. Les clés des engins des récalcitrants sont confisquées par un certain président. A Sonac street, les manifestants remplissent d’eau le réservoir des motos interpellées si les roues ne sont pas simplement dégonflées. A T- Junction, des forces de l’ordre, fatiguées de rester debout, se sont abritées sous une tente de fortune devant une vente à emporter. Presque tous les carrefours sont minés par les policiers pendant que d’autres sillonnent la ville.Au Northwest professionnal drivers trade (bureau du syndicat des transporteurs), aucun signe de vie. Les portes sont fermées. Personne ne contrôle cette grève. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, des véhicules privés et clandestins commencent à transporter des passagers. Ils sont simplement stoppés et vidés de leurs occupants. D’autres sont mêmes pourchassés par les manifestants. C’est dans cette ambiance que les habitants de Bamenda ont regagné à pied leur domicile. Donat SUFFO
Garoua, l
e zoua zoua n’enflamme pas le NordDans la partie septentrionale du Cameroun, aucune perturbation n’a été notée hier sur le trafic routier. Le transport par autocar, moto et taxi s’est poursuivi sans encombre. A en croire un citadin de la ville de Maroua, les effets de la hausse du carburant sont relativisés dans le Grand-Nord, du fait de l’écoulement généralisé du zoua zoua, en provenance du Nigeria. Ce carburant – que d’aucuns disent frelaté – est relativement à la portée des bourses. Cependant, il détruirait à petit feu les moteurs qui les consomment. La température sur le plan sociopolitique est ainsi stable autant à Maroua, à Garoua qu’à Ngaoundéré, malgré les appels à la modification de la Constitution de certains opposants réputés corrosifs contre le système en place, notamment Issa Tchiroma. Le week-end dernier dans la ville de Garoua, ses supporters invétérés (les motos taximen) avaient de la peine à comprendre le revirement spectaculaire de "l’homme à la barbiche". Pour conjurer toute montée d’adrénaline, le ministre d’Etat, Marafa Hamidou Yaya, et le ministre Haman Adama ont participé à une campagne d’explication sur la modification de la Constitution dimanche à Garoua. A Ngaoundéré, l’on a signalé le ministre du Tourisme, Baba Hamadou, à la manoeuvre. A Kolofata, Amadou Ali s’évertuait à convaincre les siens du bien fondé de cette révision.G.A.B

Les forces de l’ordre mettent le feu aux poudres
Aux premières heures du matin ce 25 février 2008, les carrefours Terminus, Lycée, Mosquée, antenne Kotto, Maçon, Santa Barbara du quartier Bonamoussadi à Douala ont été investis par les manifestants. Ils ont dressé des barricades un peu partout, pour empêcher les voitures des particuliers de circuler. Mais la population avait spontanément adhéré au mot d’ordre, et est restée chez elle en majorité, ou a choisi la marche à pied pour quelques-uns. Mais pendant qu’ils manifestaient pacifiquement, les éléments de la gendarmerie les ont dispersés avec du gaz lacrymogène. Les manifestants ont pris cet acte comme de la provocation. Une fois que les gendarmes se sont retirés, ils se sont attaqués au siège de la mairie de Douala V, et leurs actes de violence se sont poursuivis sur les locaux abritant la Snec à Maképé, le centre d’état civil de Maképé, les bureaux de Aes Sonel Bonamoussadi. Le centre des impôts de Douala V toujours à Bonamoussadi, et la sous-préfecture de l’arrondissement de Douala V ont aussi été saccagés.Dans les deux bureaux administratifs, tout a été mis dehors et brûlé. Le coffre-fort a été récupéré au centre des impôts et au moment où nous quittions les lieux, l’objet résistait encore aux vandales, décidés à l’éventrer et à se partager le butin de guerre. D’autres informations faisaient état de ce qu’un coffre-fort avait aussi été récupéré à la mairie, éventré et l’argent partagé.Du côté de Bépanda Tonnerre, tout était curieusement très calme, en dehors du gaz lacrymogène lancé depuis l’axe lourd Bépanda qui étouffait jusque-là. Un témoin raconte que les éléments de la gendarmerie de Bépanda se sont montrés conciliants depuis le matin, c’est pourquoi aucune casse n’a été enregistrée ici. Mais plusieurs jeunes ont été grièvement blessés. Vers 14 h, l’un d’entre eux, blessé par balle au pied, était transporté dans une brouette en direction d’un hôpital au niveau d’Akwa-Nord.
RT
DOUALA
Akwa, l’impuissance des forces de l’ordre“ Mes amis, il y a même des “maçons” parmi vous ? En un laps de temps, vous avez érigé une grande barricade sur la chaussée à l’aide des kiosques du Pmuc, de vielles tôles, des planches et autres tables. Notre présence ne vous dissuade pas du tout. ” Ces propos, tenus par un commissaire de police à l’endroit d’une meute de jeunes en furie au lieu-dit “ carrefour cité des palmiers ” à Douala, est révélateur de la détermination des populations ayant pris d’assaut les artères de la capitale économique, dès les premières heures de la matinée d’hier, lundi 25 février. Le commissaire de la police sus-cité est à la tête d’une vingtaine de policiers puissamment armés. Des armes qui, paradoxalement, ne font pas du tout reculer les populations. Celles-ci sont maîtres de la rue. Des véhicules, des motos et même des vélos ne sont pas du tout visibles. “ Si vous chargez, vous allez devoir tous nous tuer ”, lancent les manifestants à l’endroit des policiers. Une détermination manifestée avec violence sur certains édifices et établissements de commerce. A l’aide de gourdins et cailloux, les populations en colère détruisent les présentoirs de prix dans les stations services Texaco Pk10, Total carrefour cité des palmiers et Tradex Ndokoti. “ Ces prix doivent être revus à la baisse. Et puis, il faudrait aussi revoir à la baisse les prix des denrées alimentaires et de première nécessité dans les marchés ”, lancent-ils. Au passage, le complexe “ Belavie ” à quelques mètres de Ndokoti en venant de Pk10, est entièrement détruit. Sur la chaussée, des pneus et bacs à ordures de Hysacam sont brûlés.Du lieu-dit “ carrefour Ndokoti ” au lieu-dit “ carrefour Agip ”, les pneus et autres objets sont brûlés sur la chaussée. Un affrontement entre des gendarmes et les populations est enregistré au “ carrefour Agip ”. Venus à bord de deux pick-up et du camion lance eau (anti-émeute encore appelé Mamie water) une trentaine d’éléments de la gendarmerie nationale, dirigée par un lieutenant-colonel, entreprend de lancer des bombes lacrymogènes pour disperser la foule furieuse. Cette dernière, téméraire, réplique avec des cailloux et des bouteilles pleines d’urines. Un autre affrontement est enregistré au lieu-dit “ carrefour Douche ” entre policiers et populations. Dans la foulée, les éléments de la police arrêtent plusieurs jeunes qu’ils tabassent et jettent sans ménagement dans leurs camions.Honoré FOIMOUKOM

Bonabéri, plusieurs personnes tuées
Le quartier situé sur la Rive gauche du fleuve Wouri a payé un lourd tribut aux manifestations d’hier. Quelques-uns de ses valeureux habitants ont été fauchés par les balles tirées par les forces de l’ordre aux abois. Douloureux épilogue d’une journée chaude qui a débuté aux aurores avec l’affrontement entre une population décidée à manifester son courroux et des forces de l’ordre qui entendaient les en empêcher. Tout est allé très vite. Forêt Bar, une entité populeuse du quartier. Une centaine de personnes divisées par groupes, s’emploient à mettre des barricades sur la chaussée. En face, les flics, se résolvent dans un premier temps à lancer le gaz lacrymogène avant de tirer des coups de semonce, en l’air. Histoire de dissuader les manifestants déterminés. Quelques-uns d’entre eux, tombés dans les filets des flics sont couchés à même le sol avant d’être embarqués peu après pour une destination inconnue. Quatre élèves qui passaient par là supportent mal le gaz et tombent en syncope… “ Venez, venez ”, scandent les populations, en mettant le feu aux pneus disposés sur la chaussée, non loin de la société Uta. Au lieu dit quatre étages, quatre gigantesques barrières de feu barrent le chemin. Stationné à l’entrée de la gare routière, un Pick-up de la gendarmerie subit les jets de pierres de manifestants courroucés. 8 heures. Le face à face prend une tournure dramatique. Submergée, la flicaille craque et tire à bout portant sur le jeune Mbeng Junior. Atteint au front, le gamin succombe, plongeant ses parents, M. et Mme Mbeng dans le désarroi. “ Je ne sais pas ce qui arrive. C’est tout simplement la malchance. Ce matin, je lui ai pourtant demandé d’aller couper le raphia, mais je ne sais pas à quel moment il est revenu ”, se lamente M. Patrcik Mbeng, inconsolable. A en croire certains témoignages, c’est le commandant de la brigade de Bonanjo en personne, qui aurait tiré sur l’adolescent. L’information jusqu’ici n’est pas confirmée. Furieuse, la foule une expédition punitive au domicile du gendarme. Sous ses assauts forcenés, les gendarmes reculent jusqu’au niveau des rails et établissent une véritable muraille infranchissable, empêchant ainsi les populations d’atteindre la brigade. Dépités, les manifestants attaquent, pillent et saccagent les stations Total Numéro 2, Mobil et Texaco. Deux véhicules garés au parking de la station Total subissent le même sort. La mairie de Douala 4 et la nouvelle agence de la Bicec échappent de peu. Submergée, la police ne fait pas de quartier. Blaise Ebouelé, 22 ans, passe de vie à trépas tandis que deux autres manifestants reçoivent des balles aux jambes. Prudencia Bih est tuée par une balle perdue alors qu’elle se trouve dans son domicile. Deux jeunes non identifiés et un élève complètent la liste des morts tués par la police.Rodrigue KaleumeniUn collégien et un technicien du câble abattus à Bessenguè“ Mon mari n’était même pas en route. Nous étions ensemble. Il est allé accompagner l’enfant à l’école de bonne heure le matin. Mais quand le désordre a commencé, il est reparti chercher l’enfant. C’est au moment où il revenait qu’une dame me demande si c’est sur mon mari qu’on a tiré à l’entrée de la maison. Je suis allée vérifier et je l’ai trouvé couché, raide mort ”. Ndedi Augustine, l’épouse éplorée, est inconsolable. Elle cherche encore à comprendre ce qui a poussé les forces de l’ordre à tirer sur son mari à bout portant : “ Je veux qu’on me dise ce qu’il a fait de si grave pour qu’on l’abatte comme un chien. Mon mari n’était pas parmi les manifestants. Il voulait juste protéger notre enfant. Il est allé le chercher à l’école pour le mettre en sécurité à la maison ”. Carrefour feu rouge Bessenguè, hier lundi. Il est un peu plus environ 11 heures. A quelques dizaines de mètres de distance, deux corps gisent à même le sol. Peu avant, Etienne Ibaben, l’époux de Ndedi Augustine, c’est un adolescent de 16 ans qui a trouvé la mort. Le jeune Jabea Christian Daniel, élève à L’Iesb à New-Deido, qui a lui aussi reçu un tir à bout portant : “ Les populations avaient enlevé une femme gendarme, lui avaient enlevé ses galons et son béret. Devant les supplications de la femme en tenue, les manifestants l’ont relâché. Moins de trente minutes plus tard, un véhicule de la gendarmerie est revenu sur le lieu. Nous étions nombreux à regarder cela même si quelques-uns ont pris fuite. C’est alors qu’une femme gendarme est descendue du véhicule en même temps que ses collègues. Ces derniers ont tiré en l’air pour faire disperser la foule pendant que la gendarmette tirait derrière la nuque de l’élève ”, raconte un témoin.Dans les deux cas, les forces de l’ordre ont utilisé les mêmes méthodes, les mêmes armes.Jean-Célestin EDJANGUE

Deido:
des enfants chantent l’hymne national“ Paul Biya, la jeunesse avant la révision de la Constitution ”, pouvait-on lire sur la pancarte tenue par un enfant d’à peine 14 ans. Autour de lui, une meute de jeunes venus du coté de Bépanda s’avance vers le “ carrefour école publique de Deido ”. Ils avancent en scandant des slogans à peine audibles sous le regard des populations médusées. Le commissariat de police du 9e arrondissement, à une centaine de mètres, est alerté. Les policiers sortent, matraques à la main, déterminés à disperser cette foule venue troubler leur quiétude. Ils se heurtent à des manifestants peu ordinaires. Des bambins qui, pour la plupart, sont des écoliers. Arrachant les applaudissements et les youyous du public, ils s’immobilisent devant le drapeau national en face du commissariat. “ Au Cameroun berceau de nos ancêtres ” : l’hymne national est entonné et exécuté par les enfants sous un silence digne des occasions solennelles. Les jeunes vont contourner le carrefour pour disparaître vers New-Deido non sans avoir détruit en passant le kiosque du Pmuc. La tension monte d’un cran vers 10h. La panique s’est emparée des parents qui, sentant la situation dégénérer, ont courus vers le Lycée Bilingue, l’Ecole publique, et l’Institut de Bonadjinje, chercher leurs enfants en plein cours. Quelques temps après, un autre groupe de manifestants arrive et se fait plus agressif. Le dispositif sécuritaire est renforcé. Cela ne dissuade pas les manifestants. Des barricades seront érigées sur les voies allant vers Bonamoussadi, Deido, Bessengue et Grand Moulin. De vieux pneus exposés sur la chaussée crachent du feu. La police lance des bombes lacrymogènes. Les maisons d’habitation et l’hôpital de district de Deido ne sont pas épargnées. Un manifestant, tombé au cours de l’affrontement, est couvert de sang. Il est transporté dans un “ pousse-pousse ” vers l’hôpital. Bernard BATANAUn jeune homme tué à VillageLa scène rappelle quelque peu la Palestine. Il est environ 10 heures à Texaco aéroport. Cinq jeunes gens, plongés dans une immense foule, poussent un porte-tout en courant et en hurlant, “ Ils ont tué ! Ils ont tué ! ”. Sur le porte-tout, gît le corps inerte d’un jeune homme d’une vingtaine d’années. Sur sa poitrine, on peut voir le cratère laissé par la balle perdue qui lui a ôté la vie. De manière spontanée, d’autres personnes se joignent aux poursuivants des forces de l’ordre. “ Arrêtez-les ! Ils ne doivent pas s’en aller ”, haranguent des manifestants. Les policiers, qui se trouvent déjà sous l’échangeur de l’aéroport, accélèrent le pas pour monter dans leurs camions. Certains reçoivent quelques projectiles, avant de riposter avec du gaz lacrymogène et de démarrer en trombe. Les manifestants fondent alors sur l’entreprise Sidem. “ C’est l’entreprise du fils du président ”, crient-ils en escaladant la barrière. Résultat de la furie : trois camions citernes brûlés, des véhicules de l’entreprise cassés et du matériel emporté. “ C’est notre argent qu’on récupère ”, justifient certains. A Ellery Automobiles, tout est également mis à feu et à sac. De temps en temps, la police tente des intimidations, sans grand succès. Les manifestants continuent allègrement leur marche. Jusqu’au carrefour Hôtel de l’air où ils se dispersent après avoir semé la terreur. Retour à Village. Il est presque midi et le spectacle est désolant. Le bilan du pillage semble lourd. Plusieurs magasins, pharmacies et boulangeries n’ont pas échappé à l’assaut des jeunes gens. Les stations service paient le prix fort. Aucune d’elles n’a rien pu préserver. Petit à petit, et avec l’arrivée des renforts, une certaine accalmie règne dans le secteur. Les forces de l’ordre procèdent à quelques interpellations. Et en profitent pour se défouler. Le gros des manifestants a disparu dans les quartiers, pour se reposer. Hier soir, une de nos sources à Village indiquait que les jeunes gens étaient descendus de nouveau dans la rue. “ Ils ont recommencé à faire des casses. Ils brûlent des voitures… ”, précisait-elle. Alain NOAH AWANA

YAOUNDE
Scènes de guerre à Mendong C’est un matin paisible à Mendong, ce lundi 25 février 2008. Dès 6h30, trottoirs et chaussées sont encombrés par quelques piétons et véhicules personnels. Pas l’ombre d’un taxi. Les moto-taximen font quelques va-et-vient. “ On ne travaille pas ”, répondent-ils à ceux qui les hèlent. Seul le bus est en service. Puis la tension monte d’un coup. Une “ armée ” de moto-taximen décide de barrer la route au lieu dit “ Entrée Simbock ”. Un bac à ordures et un poteau électrique sont mis à contribution. Les conducteurs de véhicules personnels sont priés de rebrousser chemin. Certains tentent de négocier le passage, et d’autres s’exécutent. Les éléments du commissariat du 9ème arrondissement descendent sur les lieux. Et le commissaire leur demande de manifester sans rien casser. Son départ est suivi de l’arrivée d’un groupe de gendarmes de la légion du Centre, puis de policiers du Groupement mobile d’intervention (Gmi) n°1. Boucliers, casques, protège-tibias, bombe à gaz lacrymogène et autres fusils sont de mise. Ils demandent aux protestataires de dégager la voie. Un autre groupe de gendarmes arrive. Menés par le commandant Essomba. Il s’entretient avec le commissaire en charge du Gmi n°1. Entre plusieurs coups de fils, et des instructions par radio. Subitement, les forces de l’ordre foncent dans la foule et interpellent quelques personnes. Coup de bottes, de matraques, de crosse et de poings y passent. C’est alors qu’un civil gare son véhicule et se défoule sur un autre manifestant interpellé. “ C’est toi qui m’a barré la route tout à l’heure non, tu es malade ”, lui lance-t-il. Les frondeurs tentent d’organiser la résistance. Mais une centaine de gendarmes s’ajoute. Leur camion se remplit de civils interpellés au fur et à mesure. Le commandant de la légion du Centre évalue la situation depuis son véhicule 4x4. Les forces de l’ordre font la boucle du quartier et repartent aux environs de 11h. Une trentaine de personnes sont emmenées. Détenues à la brigade de recherche d’Efoulan, elles n’avaient pas encore été entendues jusqu’à hier soir. Des éléments veillent à tous les carrefours du coin. Mendong est “ pacifié ”, mais, vient probablement d’obtenir une place dans la liste des “ quartiers chauds ” de Yaoundé.Edouard TAMBALa grève affecte le travail dans les ministères“ Si la grève continue demain, je ne me déplace plus. J’ai trop souffert aujourd’hui [lundi 25 février, Ndlr]”. Ces propos sont d’un agent de l’Etat, employé du ministère de la Santé publique. Son déplacement de son domicile du quartier Mendong pour son lieu de service a été une torture. “J’habite une zone enclavée. D’habitude, l’un des motos taximen du quartier me dépose en route. De là, j’emprunte un taxi pour le centre ville. Aujourd’hui, ils avaient peur de me transporter à cause de la grève. J’ai dû faire près de 200 mètres à pied pour sortir du quartier. Une fois en route, j’étais pleine de poussière et à bout de souffle. Mon poids ne me permet pas d’aller vite. Il m’a fallu près de trois heures pour atteindre mon bureau ”, raconte-t-elle, avec tristesse. Comme cette dame, de nombreux fonctionnaires ne sont arrivés à leur lieu de service qu’à midi après avoir effectué de longues distances à pied. A cette heure-là, on pouvait encore les voir ouvrir la porte de leurs bureaux. Où les conversations tournent autour de la grève. Au ministère de l’Enseignement supérieur par exemple, deux collègues devisent. “ Il est temps que quelqu’un s’achète une voiture ”, lance un employé à sa collègue. “ Tu auras l’argent du carburant ? ”, interroge cette dernière. “ Au moins pour les jours comme celui-ci, je pourrais faire un effort ”, conclut-il en riant.Dans ces bâtiments, certaines personnes véhiculées ont profité de la situation de grève pour arriver aux environs de midi. C’est le cas d’un agent du ministère des Affaires sociales. Celui-ci explique : “ Tout simplement parce que je sais que mes collègues n’allaient pas être à l’heure ”. Edith DJUIDJE(Stagiaire)Essos, les véhicules personnels interdits de circuler“ Monsieur serrez ici. Rapidement, ne nous perdez pas le temps! ”, ordonnent des motos-taximen, furieux, à un conducteur, au volant de son véhicule personnel. Ils sont au niveau du Lycée bilingue d’Essos. Ce dernier essaye de leur faire comprendre que son véhicule n’est pas à usage commercial. En vain. “ Vous utilisez du carburant. C’est l’essentiel. Ne nous faites pas croire que lorsque vous arrivez à la pompe, les prix sont réduits parce que le carburant que vous prenez ne sera pas utilisé à des fins commerciales. Cessez de vous moquer de vous-même. Aidez-nous à lutter pour tout le monde ”, lui rétorque un moto-taximan. “ Tant que les véhicules personnels circulent, le gouvernement ne peut pas prendre notre problème au sérieux ”, ajoute un autre, en ôtant les clés du contact. Ce conducteur conduit son épouse à son travail. Enceinte, cette dernière est incapable de joindre le centre ville à pied. Comme cette dame, beaucoup de travailleurs du quartier Essos n’ont pas répondu présents au lieu de service lundi. Seuls ceux sortis très tôt le matin ont eu la chance de le faire. On peut ajouter ceux qui ont décidé d’aller à pied. Les grévistes ont pris d’assaut les carrefours du quartier Essos. Avec pour mot d’ordre : “ Aucun véhicule ne passe ”. Les motos taximen tentés de ne pas respecter la mesure, voient les clés de leurs motos confisquées. Les taxis sont quasiment invisibles. Ici, les grévistes disent avoir opté pour le calme et la non violence. “ C‘est pourquoi nous n’avons rien placé sur la chaussée comme ailleurs. Nous interpellons poliment les conducteurs ”, explique l’un d’eux. Toutefois, les éléments des forces de l’ordre ont été déployés dans ce quartier. Dans leurs bagages, un camion anti-émeutes placé au lieu dit Mobil Essos. Laure NGATSING TCHUENTE

Briqueterie :
des motos taximen molestésA Yaoundé, le quartier Briqueterie regorge le plus grand nombre de chauffeurs de taxis. La plupart des syndicats de transports urbains y ont justement installé leurs sièges. Lundi 25 février 2008 aux environs de 7h du matin, l’atmosphère est électrique. Au lieu dit Carrefour Aurore, un groupe de chauffeurs de taxis échange et observe comment le mouvement de grève décidé la veille se déroule. Les élèves et autres passants sont agglutinés au bord de la route depuis le lever du jour. Ils attendent les taxis et autres moyens de transport. Aucune voiture jaune ne se présente. Presque tous décident de faire leur chemin à pied. Youssoufa, chauffeur de taxi, semble se délecter de cette situation : “ Le carburant coûte cher. Et les élèves que vous voyez payent généralement 100 Fcfa, la moitié du prix officiel du taxi au Cameroun. Le gouvernement ne dit rien. Lorsqu’on ajoute à cela les tracasseries de la police et de la communauté urbaine, on se demande à quoi sert cette activité. Il faut donc que les populations supportent… ”” Pendant qu’il s’exprime ainsi, sous les sourires approbateurs de ses collègues, les voitures se font de plus en plus rares sur la route. Par contre, la foule des élèves qui doivent gagner leur établissement se presse sur la chaussée. Même les voitures à usage personnel se font rares. Surtout que les taximen grévistes leur ordonnent de se montrer solidaires du mouvement. Quelques motocyclettes transportant des élèves viennent à passer. Cette situation irrite tout de suite le groupe des chauffeurs de taxis. “ Mais qu’est-ce que cela signifie ? ”, lance l’un d’eux. “ On dit qu’il y a grève et certains se permettent de tricher ? Il faut arrêter tout de suite cela ”. Immédiatement, toutes les motocyclettes qui sortent du quartier Briqueterie avec des passagers sont stoppées et déchargées. Les motos-taximen qui protestent sont violentés et molestés. C’est le cas de Félix. Il montre les traces de coups qu’il a reçus. “ Je ne savais pas vraiment comment la grève devait se dérouler. C’est ainsi que j’ai pris comme d’habitude mes deux clients sur ma moto pour les déposer au Collège de la Retraite. J’ai été interpellé au niveau de “Total Brique” par des gens se disant membre du syndicat des taximen. Ils m’ont frappé et ont même failli confisquer ma moto ”, raconte-t-il. Pendant près de deux heures, les taximen grévistes ont dicté leur loi au quartier Briqueterie. Jusqu’à ce que, informés, des policiers du Groupement mobile d’intervention n°1 les dispersent. Cependant, la circulation est restée timide. A Nlongkak, certains bendskineurs sillonnent la ville à l’effet de décourager leurs collègues. Les clés sont arrachées aux “ tricheurs ”. Jean François CHANNON Des bus sous forte escorte policière à SoaTout commence à 6 heures au lieu dit “ Carrefour éleveurs ”. L’ambiance est tendue. Les grévistes ont érigé des barricades de part et d’autre. Le trafic routier est bloqué. Il est pratiquement impossible de continuer le voyage qui mène à la banlieue universitaire de Yaoundé II à Soa. Les motos taxis, les taxis, les cars et même les véhicules de personnels sont obligés de faire marche en arrière. L’on s’échauffe et la situation devient incontrôlable. On frôle l’émeute à 7h 30 min lorsque deux bus pleins à craquer d’étudiants tentent de forcer le passage. Excités, les chargeurs et transporteurs de cars s’y opposent et font descendre les étudiants à bord. “ Allons à pieds. Il ne reste plus que 11 km de route. Nous pouvons bien arriver. De toutes les façons, nous n’avons pas de choix, si nous devons rattraper les examens ”. Bernard Adiobono, étudiant en 2eme année à la faculté des sciences économiques et de gestion, auteur de ces propos, est désemparé. Abono Pauline et Essala Angeline ont le cœur qui balance. Le regard anxieux, la mine grave, plusieurs étudiants s’engagent à braver à pieds le reste du trajet. La désolation est générale. En ce jour où démarrent les examens pour tous les niveaux de la faculté des sciences économiques et de gestion. Ceux qui réussissent à échapper aux barricades négocient à prix fort le trajet par moto. Il est 9 heures 30 minutes. C’est toujours le statu quo lorsque débarque une forte escorte de policiers et gendarmes, armés et prêts à en découdre avec les grévistes. Ils sont un peu plus de 100, armés jusqu’aux dents, fermement engagés à évacuer le site d’occupation. Ils réussissent à libérer les véhicules et à disperser la dissidence. Les bus commencent à circuler, à la joie et à la satisfaction générale des étudiants. Mais après une distance de 5 km, une autre résistance se forme. Elle sera à nouveau dispersée par les gendarmes et policiers. Pour éviter des surprises désagréables, les forces de l’ordre se décident à accompagner les automobilistes avec des sirènes de polices. Au campus, le lancement des épreuves est décalé, pour le bonheur des retardataires. Souley ONOHIOLO