dimarts, 26 de febrer de 2008

Cameroun : un parfum de guerre dans la ville de Douala

Cameroun-online 25 février 08 Débora Ngo Tonye et Christèle Metomo
Quatre morts déjà et de nombreux dégâts matériels à moins de 5h du début de la grève à Douala.
Le mot d’ordre de grève lancé pour ce lundi 25 février 2008 par le syndicat des taximen a été effectif dans les villes de Douala et de Yaoundé. A Douala rien ne bouge, toutes les activités sont bloquées. Aucun service, aucun commerce n’est ouvert, certains journalistes ont même été arrêtés avant d’être relâchés. Dans les rues, la circulation de véhicules est strictement interdite. Les motos subissent le même sort. Seul les piétons sont dans la rue.
Ils ne se rendent cependant pas à leur lieu de service, mais manifestent chacun pour une cause déterminée. Certains protestent contre la vie chère, les uns contre la révision constitutionnelle et d’autres encore contre la hausse du prix du carburant. De nombreux jeunes affrontent les gendarmes.
Affrontements qui ont conduit à la mort de quatre citoyens camerounais. Trois civils et un gendarme. La scène se passe au lieu dit Feu Rouge Bessengue ce lundi 25 février entre 08 et 10h. Les gendarmes ont tiré à bout portant sur des manifestants qui refusaient d’obtempérer. Trois corps tombent sur le champ. La population furieuse s’acharne sur la jeune gendarme qui a tiré et la lynche : c’est le quatrième corps.
À côté de ces morts, il y a des dégâts matériels. Une station service Total a été brûlée au quartier Bonaberi ; tandis que la station Mobil Bonakouamouang a été détruite par de jeunes furieux. En effet, ils voulaient acheter cinq litres de carburant et la pompiste n’a pas voulu les servir. Ce qui a provoqué leur courroux. Les attroupements sont interdits à travers la ville. La dispersion se fait aux grenades lacrymogènes.
Hier dimanche déjà deux civils ont trouvé la mort alors qu’ils voulaient défier les gendarmes qui leur interdisaient de manifester. La situation est de plus en plus inquiétante, ce d’autant plus que Yaoundé n’est pas vraiment épargné. Une de nos sources dans le Sud-ouest nous informe de l’effectivité de grève des taximen dans la ville de Buea. La cerise sur le gâteau, c’est le mouvement d’ordre de grève des consommateurs prévu sur le territoire national dès demain 26 février 2008.
Yaoundé : La tension dans l’air
Cameroun-online 26 février 08 Débora Ngo Tonye
Alors que Douala affiche un calme précaire, la capitale vit au rythme des casses et des intimidations des grévistes.
Aux environs de 11h ce matin, des policiers ont été surpris en train de bastonner six jeunes grévistes devant le stade omnisport. Selon l’un des grévistes interrogés après avoir reçu ses coups de matraque, les policiers sillonnent la ville en civil à la recherche des subversifs. « Nous étions en train d’empêcher aux voitures de transporter les piétons lorsque ces policiers en civil ont surgi de nul part et nous ont encerclés », confie t-il. Certains d’entre eux ont été relâchés après la bastonnade et d’autres conduits vers une destination inconnue.
Plusieurs quartiers de la ville vibrent au rythme des tensions diverses. A Mimboman, Tsinga, Emombo ou encore Biyem-Assi, les buvettes ont été détruites, des véhicules cassés. A Emombo, un car transportant les élèves de la maternelle a été complètement détruit devant le regard perplexe, innocent, et apeuré des enfants. Au quartier Emana, deux grands bus ont été sommés de faire descendre les passagers qui se rendaient soit à leur lieu de travail, soit à l’école. L’intervention de la police n’a servi à rien devant une foule qui n’attend que l’occasion pour se défouler. A Etoug-ebe des jeunes manifestants s’en prennent aux policiers. Ils leur lancent des pierres. Interdits de tirer sur les populations, les policiers réussissent tant bien que mal à les disperser en aspergeant du gaz lacrymogène tout en procédant aux arrestations de certains manifestants : ce qui rend la foule encore plus furieuse.
Dans la soirée d’hier au quartier Mimboman à Yaoundé, les taximen ont molesté des clients qui consommaient dans une buvette. Ils leur reprochent de prendre du plaisir alors que le pays a besoin d’eux pour que les choses changent. Dans le même quartier, la route a été barrée à certains endroits : impossible de circuler même avec un véhicule personnelle.
Visiblement, le gouvernement a pris conscience de la situation et les réunions de crise se succèdent. Depuis ce matin à 10h, les responsables du syndicat des transporteurs sont en conclave avec le Directeur général de la CSPH pour discuter d’une possible baisse du prix du carburant ou d’une solution alternative. Demain, le rendez-vous est prit avec le ministre du travail et de la sécurité social. Les taximen ont d'ailleurs demandé à être reçu par le Premier Ministre.Entre temps, les patrouilles anti émeutes sillonnent la ville
Cameroun-Social-Contestation : Les populations de Douala redoutent l’instauration de l’état d’urgence
Mardi 26 Février MBOG/mn/APA
L’armée camerounaise a été déployée dès lundi soir dans les rues de Douala, la capitale économique du pays pour suppléer la police et la gendarmerie qui font face à une contestation populaire à l’initiative des syndicats qui protestent contre la hausse du carburant et la vie cher « généralisée », a constaté APA.
Après les violences dans la journée qui ont fait une demi douzaine de morts, l’incendie d’une mairie, d’une sous-préfecture et des dizaines de commerce, les autorités ont décidé de renforcer les moyens de sécurité pour contenir les manifestants.
«Le déploiement des forces de l’ordre démontrent que nous sommes dans un état d’exception, car quand l’arme déserte les casernes pour descendre dans la rue, c’est qu’il y a quelque chose d’anormal », s’est inquiété un habitant de Douala.
«C’est un véritable état d’urgence que nous vivons actuellement à Douala avec la présence des forces de l’ordre de première, de seconde et de troisième catégories. Tout cet arsenal de guerre ne peut pas être seulement mobilisé pour le maintien de l’ordre », a déclaré le président de la coordination provinciale du Social democratic front (SDF) pour le Littoral.
«Il ne manque que l’instauration du couvre feu pour que cet état d’urgence soit officialisé », fait observer le SDF.
La journée de lundi a été véritablement « une ville morte » pour la ville de Douala, avec des morts d’hommes, des commerces et des édifices publics incendiés, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
Douala : un calme précaire dans les rues.
Cameroun-online 26 février 08 Christèle Metomo
Les marches sont arrêtées pour l’instant, l’armée est descendue relayer la gendarmerie, mais les rues sont toujours désertes.
Toujours aucune circulation, aucune activité commerciales, pas même administrative dans la capitale économique du Cameroun. Les manifestations d’hier ont fait finalement sept morts et de nombreux blessés graves. Suite à ce désastre, les autorités ont demandé aux gendarmes de ne plus tirer sur les populations. Ils ont d’ailleurs été remplacés par les militaires non armés dont la mission sur le terrain est de veiller à la sécurité des populations.
La poursuite de la grève dans la ville de Douala a cependant des conséquences graves sur l’économie du pays. Selon un responsable d’une station service, 50% des clients sont constitués des chauffeurs de taxi et leur inactivité est une perte assez considérable. Les vendeurs de carburant ne sont pas les seuls affectés dans cette situation. Les autres secteurs d’activité sont touchés notamment les marchés, les opérateurs économiques sont paralysés puisqu’il qu’il ne leur est pas possible de se déplacer. L’axe Yaoundé - Douala est bloqué puisque entrer ou sortir de la ville de Douala relève du vaudou. En attendant une réponse du gouvernement, les taximen poursuivent leur grève mais avec une autre tactique : le calme et l’inactivité.